Salaire ou dividende : comment vous payer quand votre entreprise est incorporée
Ce que chacun change pour votre société, votre RRQ et vos droits REER, la différence entre dividende déterminé et ordinaire, et quoi vérifier avant la fin de l'année.
Si votre entreprise est incorporée, vous pouvez vous payer en salaire, en dividendes ou avec un mélange des deux, et il n'existe pas de réponse unique. Le salaire est une dépense déductible pour votre société, il vous fait cotiser au Régime de rentes du Québec et il crée des droits REER. Le dividende, lui, est versé à même les profits après impôt de la société : il ne coûte aucune cotisation, mais il ne crée ni droits REER ni rente du RRQ.
Cet article compare les deux, explique la différence entre un dividende déterminé et un dividende ordinaire, et donne la liste de ce qu'il faut regarder avant le 31 décembre 2026, pendant qu'il est encore temps d'agir pour l'année. C'est exactement le genre de décision que nous prenons avec nos clients en conseils en gestion et en fiscalité.
À qui s'adresse cette question ?
Seulement aux propriétaires d'une société par actions (une « compagnie », un « inc. »). Un travailleur autonome non incorporé n'a pas ce choix : tout le profit de son entreprise est imposé directement dans sa déclaration personnelle, qu'il le retire ou non. Si c'est votre cas, notre article sur les acomptes provisionnels au Québec vous sera plus utile.
Dans une société, l'argent appartient à la société. Pour le faire passer dans votre poche, il faut une forme de rémunération reconnue : un salaire (vous êtes alors employé de votre propre société) ou un dividende (vous êtes payé comme actionnaire).
Salaire ou dividende : le tableau comparatif
| Salaire | Dividende | |
|---|---|---|
| Pour la société | Dépense déductible : réduit son revenu imposable | Non déductible : versé à même les profits sur lesquels la société a déjà payé son impôt |
| Régime de rentes du Québec | Cotisations obligatoires, part de l'employé et part de l'employeur | Aucune cotisation, donc aucune rente accumulée |
| Droits de cotisation REER | Oui : le salaire est un « revenu gagné » | Non |
| Retenues à la source | Oui, à chaque paie, avec remises à Revenu Québec et à l'ARC | Non : l'impôt se règle à la déclaration, ou par acomptes provisionnels |
| Relevés de fin d'année | Relevé 1 et feuillet T4 | Relevé 3 et feuillet T5 |
| Dans votre déclaration personnelle | Imposé comme un revenu d'emploi | Montant majoré, puis crédit d'impôt pour dividendes |
| Souplesse | Paie régulière tout au long de l'année | Déclaré au moment voulu, selon les profits disponibles |
Le système fiscal est conçu pour que l'impôt total (société plus actionnaire) soit à peu près le même dans les deux cas. En pratique, l'écart dépend du taux d'imposition de votre société, de votre revenu personnel et de ce que vous voulez accumuler pour la retraite. C'est pour ça qu'un calcul fait pour quelqu'un d'autre ne vaut rien pour vous.
Ce que le salaire vous donne
Une rente du Régime de rentes du Québec
Le salaire est un revenu de travail : il est soumis aux cotisations au RRQ, que l'employeur et l'employé paient à parts égales. Quand vous êtes à la fois l'employeur et l'employé, les deux parts sortent, au bout du compte, de la même poche. En contrepartie, chaque année de cotisation augmente la rente que vous toucherez à la retraite.
En date de novembre 2026, selon Retraite Québec, le taux du régime de base est de 10,6 % (5,3 % pour l'employé et 5,3 % pour l'employeur) sur les revenus de travail compris entre 3 500 $ et 74 600 $, plus un régime supplémentaire de 2 % sur la même tranche. D'autres cotisations de l'employeur s'ajoutent au salaire, comme celle au Fonds des services de santé.
Des droits REER
Votre maximum déductible au titre des REER se calcule à partir de votre revenu gagné de l'année précédente : 18 % de ce revenu, jusqu'au plafond annuel. Le revenu gagné comprend surtout les revenus d'emploi et les revenus d'une entreprise exploitée personnellement ; les dividendes n'en font pas partie (ARC, guide T4040). Un propriétaire qui ne se verse que des dividendes ne crée donc aucun nouveau droit REER.
Un revenu facile à prouver
Un salaire stable, avec un relevé 1 et un feuillet T4, est le revenu le plus simple à démontrer à un prêteur. Des dividendes qui varient d'une année à l'autre demandent souvent plus de documents, comme les états financiers de la société.
Ce que le dividende vous donne
Aucune paie à gérer, aucune retenue, aucune cotisation au RRQ : le dividende est simple à verser et il se décide quand la société connaît ses profits.
Le revers : l'impôt n'est pas retenu à la source. Il se paie avec votre déclaration, et si le montant dû dépasse le seuil, Revenu Québec et l'ARC vous demanderont des acomptes provisionnels.
Comment un dividende est imposé
Dans votre déclaration, vous n'inscrivez pas le montant reçu, mais un montant majoré, puis vous avez droit à un crédit d'impôt pour dividendes. La majoration reflète l'impôt déjà payé par la société ; le crédit évite que ce revenu soit imposé deux fois. Selon Revenu Québec (ligne 128), le montant imposable correspond à 138 % du dividende réel pour un dividende déterminé et à 115 % pour un dividende ordinaire. Ce montant figure à la case B de votre relevé 3.
Dividende déterminé ou ordinaire : quelle différence ?
Tout dépend du taux d'impôt que la société a payé sur le profit qu'elle distribue.
- Dividende ordinaire (aussi appelé « non déterminé ») : versé à même un revenu qui a profité du taux réduit des petites entreprises. C'est le cas le plus courant pour une PME qui distribue le profit de ses activités.
- Dividende déterminé : versé à même un revenu imposé au taux général. Comme la société a payé plus d'impôt, le montant est majoré davantage chez l'actionnaire, qui reçoit en échange un crédit plus élevé.
Une société privée sous contrôle canadien ne peut pas désigner n'importe quel dividende comme « déterminé ». Elle peut le faire seulement jusqu'à concurrence de son compte de revenu à taux général (CRTG), un solde qui représente généralement le revenu imposable qui n'a pas profité de la déduction accordée aux petites entreprises (ARC, Compte de revenu à taux général). Au-delà, la société s'expose à un impôt spécial. Le type de dividende n'est donc pas un choix libre : il découle des déclarations de revenus de la société, ce qui demande qu'elles soient à jour.
Le salaire, le dividende… ou les deux ?
Plusieurs propriétaires de PME combinent les deux : un salaire de base pour cotiser au RRQ et créer des droits REER, puis des dividendes pour compléter selon les profits de l'année. Ce n'est pas une règle. Le bon dosage change selon :
- le profit de la société cette année et le taux auquel il est imposé ;
- vos autres revenus personnels, et ceux de votre conjoint s'il est aussi actionnaire ;
- vos objectifs de retraite : rente du RRQ, REER, ou épargne laissée dans la société ;
- vos projets à court terme : achat d'une maison, prêt, congé parental ;
- l'argent dont vous avez réellement besoin pour vivre, puisque ce qui reste dans la société n'est pas encore imposé chez vous.
Ce qu'on voit sur le terrain
Comptables Bégin & Associés accompagne des PME, des travailleurs autonomes et des particuliers à Lévis et dans la région de Québec, de l'incorporation jusqu'à la relève. Deux situations reviennent, et elles découlent directement des règles décrites plus haut :
- La décision prise trop tard. Un salaire se verse par la paie, avec retenues et remises, pendant l'année. Décider fin décembre, sans connaître le profit de l'année, laisse peu de marge. Le choix se fait mieux à l'automne, à partir de chiffres à jour : c'est l'utilité d'une tenue de livres faite en cours d'année.
- Les dividendes seulement, pendant des années. C'est simple et ça évite les cotisations, mais ça ne crée ni rente du RRQ ni droits REER. Le jour où le propriétaire veut cotiser à un REER ou prouver un revenu stable à sa banque, il s'en rend compte.
Chez nous, Georges Bégin, fiscaliste et fondateur du cabinet, intervient sur les impôts sur le revenu ; David Bégin exerce comme CPA ; et Danielle Lavoie s'occupe de la tenue de livres, des paies et des relevés fiscaux. Le salaire, le dividende et les relevés qui en découlent passent donc par la même équipe.
Avant le 31 décembre 2026 : quoi vérifier
- Le profit de l'année à ce jour. Des livres à jour au 30 septembre ou au 31 octobre permettent d'estimer le résultat de l'année. Sans eux, toute décision se prend à l'aveugle.
- Le salaire déjà versé. Pour ajuster votre salaire de l'année, il faut passer par la paie, avec les retenues et les remises qui viennent avec.
- Vos besoins de liquidités personnels pour la fin de l'année et pour l'an prochain.
- Vos objectifs REER : le salaire de 2026 sert à calculer vos droits REER de 2027.
- La date de fin d'exercice de votre société. Elle ne tombe pas toujours le 31 décembre ; votre déclaration personnelle, elle, suit l'année civile.
- Les documents à produire : un dividende se déclare par une décision de la société, et chaque montant versé donne lieu à des relevés (relevé 1 et T4 pour un salaire, relevé 3 et T5 pour un dividende).
Les états financiers de la société et sa déclaration de revenus donnent les chiffres qui permettent de trancher.
Questions fréquentes
Puis-je me verser un dividende si ma société n'a pas fait de profit ?
Un dividende se verse à même les profits accumulés de la société. Une société sans bénéfices disponibles ne devrait pas, en principe, en verser. Faites vérifier sa situation financière avant toute décision.
Je retire de l'argent de ma compagnie sans salaire ni dividende. Est-ce un problème ?
Souvent, oui. Un retrait qui n'est ni un salaire ni un dividende est généralement inscrit comme une avance à l'actionnaire. Laissée trop longtemps, une telle avance peut devenir imposable chez vous. C'est un point à régulariser rapidement.
Le dividende m'évite-t-il l'impôt ?
Non. Le dividende est imposé dans votre déclaration personnelle, après majoration et crédit. Il évite les cotisations sociales, pas l'impôt. Et comme rien n'est retenu à la source, il faut prévoir l'argent pour le printemps.
Faut-il choisir la même formule chaque année ?
Non. Le choix se revoit chaque année selon les profits de la société et votre situation. C'est une décision de fin d'année, pas un choix fait une fois pour toutes à l'incorporation.
En résumé
Le salaire coûte des cotisations, mais il vous donne une rente du RRQ, des droits REER et un revenu facile à prouver. Le dividende est plus simple et sans cotisation, mais il ne bâtit rien pour la retraite en dehors de la société. Pour la plupart des propriétaires de PME, la vraie question n'est pas « l'un ou l'autre », mais « combien de chacun », et elle se règle avec les chiffres de l'année, avant le 31 décembre.
Vous voulez faire le point sur votre rémunération de 2026 ? Prenez rendez-vous avec notre équipe ou appelez-nous au 418 831 2160. Nous sommes à Lévis et nous accompagnons les propriétaires de PME de la région de Québec.
Information générale à jour en novembre 2026, fondée sur les publications de Revenu Québec, de Retraite Québec et de l'Agence du revenu du Canada. Les taux et les règles peuvent changer. Pour votre situation, consultez un professionnel.
Publié le 3 novembre 2026 par Comptables Bégin & Associés, cabinet CPA à Lévis.
Intéressé par nos services?
Commencez dès aujourd’hui et simplifiez votre comptabilité avec notre équipe d’experts!

